Discours de septembre

un cadeau de notre camarade Thierry...
mercredi 30 septembre 2009
par Thierry Renard
popularité : 16%

« En littérature, la révolte commence avec Rousseau,

lorsque la prédication éthique devient une fonction de la littérature. »

André Malraux

Mes amis, mes frères,

ceci n’est pas un poème !

La poésie est beaucoup trop sérieuse à mon goût,

en ces temps de confusion,

pour se changer en fenêtre ouverte,

pour déclarer sa flamme à la vie.

La poésie est une mourante triste.

Nul avenir pour elle, devant elle.

Mes amis, mes frères, mes petits camarades,

je vous le dis, vous le répète,

ceci n’est pas un poème. Et ce n’est

pas de ma faute si aujourd’hui

je cours derrière la nuit des temps,

si je prends le train pour Limoges en marche,

si je retourne en arrière, si je remonte le temps…

Nâzim, mes frères, mes petits camarades,

est mort l’année de ma naissance, en 1963.

Mais tout comme lui, aujourd’hui je voudrais montrer

le chemin d’une libération véritable de l’oppression,

comme lui semer les idées de socialisme,

de liberté et de paix.

Je ne pense pas cependant

que cela implique le silence

devant l’injustice et la bêtise.

Je ne pense pas que l’adhésion à un idéal

implique le renoncement à l’émancipation de l’esprit,

l’agenouillement devant les mythes, l’aveuglement volontaire,

la diminution de l’activité intellectuelle.

Tout comme Nâzim, j’aime la beauté.

Et je suis loin de penser

que la fidélité au mouvement des choses

exige la complicité du silence

devant des actes condamnables.

Je ne crois pas non plus

que cela exige l’adoration béate

des chefs reconnus et des faits accomplis.

J’aime la beauté, et toutes les étoiles dans le ciel.

Mes amis, mes frères, attention,

je ne mange pas le pain de la désolation.

Nâzim est mort l’année où je suis né.

Jean-Jacques s’était éteint déjà depuis longtemps.

André allait continuer quelques ans l’aventure,

son chemin.

Mes amis, mes frères, mes petits camarades,

quand j’entends le mot culture je sors mon revolver.

Alors je tire en l’air

pour effrayer simplement les plus récalcitrants.

Car la culture je suis tombé dedans enfant.

Pourtant fils de prolos,

le concept depuis toujours me colle à la peau.

La culture c’est mon amante, mon Amérique à moi,

c’est ma courroie de transmission.

C’est aussi ma liberté, ma révolte et mon choix.

Ceci certes n’est pas un poème.

Trop naïf en vérité !

Ceci n’est pas un poème.

Mais bien plutôt la réalité.

Ceci est mon cri de délivrance,

ma dernière volonté.

Saint-Fons, nuit du 24 septembre 2009.


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